La Rotonde: LOCA­TAIRES ÉTUDIANT.E.S : PRÉCA­RITÉ, INSA­LU­BRITÉ ET INSÉ­CU­RITÉ

Posted March 14, 2017

Trou­ver un.e étudiant.e qui ne rencontre aucun problème avec son proprié­taire peut s’ap­pa­ren­ter à trou­ver une aiguille dans une botte de foin. Entre punaises de lit, moisis­sure, plom­be­rie défaillante et chauf­fage non fonc­tion­nel, les problèmes que rencontrent certain.e.s loca­taires peuvent être divers, mais sont tout aussi exas­pé­rants. Le 10 mars dernier, le chapitre otta­vien de l’or­ga­nisme commu­nau­taire ACORN orga­ni­sait une confé­rence de presse afin de présen­ter les résul­tats de son sondage auprès des loca­taires. Fait saillant : 85,5 % des 165 répon­dant.e.s ont indiqué rencon­trer des problèmes dans leur loge­ment.  
 
La confé­rence de presse s’est ouverte sur les témoi­gnages de Marga­ret Allu­ker, de Gail Chais­son et de Declan Ingham, trois membres d’ACORN ayant rencon­tré de sérieux problèmes dans leur loge­ment.
 
Marga­ret s’est en effet vue forcée de quit­ter son loge­ment en 2014, après que la présence de cafards et les fuites d’eau à répé­ti­tion soient deve­nues into­lé­rables pour la mère de famille. « Les proprié­taires ont besoin de prendre notre santé et celle de notre famille au sérieux », a pour sa part plaidé Gail alors qu’elle faisait état de problèmes semblables.
 
Les cas de Marga­ret, de Gail et de Declan ne seraient pas isolés, du moins à en juger par ce que suggèrent les résul­tats du sondage. Notons que la majo­rité des répon­dants, 36,4 %, avaient un salaire annuel entre 10 000 et 20 000 $. Par ailleurs, seul un cinquième a déclaré avoir porté plainte auprès de la Ville d’Ot­tawa, 28,5 % jugeant pour leur part que ça « n’en valait pas la peine ».
 
Ce que les répon­dants ont indiqué 
 
Problèmes quel­conques dans leur loge­ment 85, 5 %
Présence d’in­sectes 41, 2 %
Problèmes de chauf­fage 32.1%
Présence de moisis­sure 20, 6 %
Présence de souris ou de rats 15, 8 % 
 
L’his­toire de Declan Ingham
 
Declan est étudiant en quatrième année dans le programme de science poli­tique de l’Uni­ver­sité d’Ot­tawa. En septembre dernier, lui et sa copine étaient à la recherche de leur premier appar­te­ment. Le rêve n’a toute­fois pas tardé à tour­ner au cauche­mar lorsque le couple s’est retrouvé au 170 avenue Lees.
 
D’abord ravis de trou­ver un appar­te­ment près du campus et au loyer mensuel de 1 000 $, ce n’est qu’a­près avoir déposé leur dernier mois de loyer que Declan et sa copine ont fait des recherches sur Inter­net pour décou­vrir que de nombreuses personnes décon­seillaient vive­ment le loge­ment en ques­tion : « Ils refu­saient de nous rendre notre dernier paie­ment et nous n’avions pas les moyens de perdre cet argent. On a été obli­gés d’em­mé­na­ger. »
 
Très vite, le couple se rend compte que le problème de cafards dans l’ap­par­te­ment est bien réel. « On avait beau nettoyer tous les jours, ça ne chan­geait rien. On a fini par déve­lop­per une peur d’al­ler dans la cuisine, parce que c’est là où il y en avait le plus. C’était dépri­mant et ça a exercé une grande pres­sion sur notre santé mentale et sur notre couple », se souvient Declan.
 
S’en sont suivi trois mois de lutte auprès des petites créances, de la Ville d’Ot­tawa et de la Clinique juri­dique commu­nau­taire de l’Uni­ver­sité d’Ot­tawa. Sans argent pour enga­ger un avocat et travaillant tous les deux à temps plein, il n’y avait que très peu de lumière au bout du tunnel pour le jeune couple, surtout que son proprié­taire refu­sait de les rencon­trer pour discu­ter du problème et que la Ville ne donnait pas suite à ses demandes.
 
Ce n’est qu’au début du mois de novembre que Declan et sa copine ont fina­le­ment obtenu une rési­lia­tion préma­tu­rée de leur bail, après avoir réussi à atti­rer l’at­ten­tion du conseiller muni­ci­pal David Cher­nu­shenko, qui a été horri­fié par leur histoire.
 
Aujourd’­hui, bien qu’il ait fina­le­ment emmé­nagé dans un appar­te­ment salubre, Declan estime que cet épisode lui a nui en tant qu’é­tu­diant. Étudiant dans le régime CO-OP, il doit encore rattra­per des heures de travail et a dû aban­don­ner toutes ses acti­vi­tés para­sco­laires. « Les étudiants sont parti­cu­liè­re­ment vulné­rables parce qu’ils ont de faibles reve­nus et qu’ils ont très peu d’ex­pé­rience », estime-t-il.
 
Aux côtés d’ACORN, Declan milite pour que la Ville protège davan­tage les loca­taires en régu­lant les acti­vi­tés des proprié­taires. Reste cepen­dant à savoir si la muni­ci­pa­lité sera ouverte à ces reven­di­ca­tions alors qu’elle compte parmi les villes qui dépensent le moins pour veiller à la gestion des plaintes des loca­taires.
 
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Article by Yasmine Mehdi for La Rotonde